CARVERSATION AVEC ALEXIS ONESTAS (OMAXBOOKS)
On démarre les compteurs, on enclenche la première, et on laisse la ville défiler. Alexis Onestas est en live du fer avec Rani, et dès que les portes claquent, le ton est donné : cette Carversation-là, c'est pas un rendez-vous presse classique. C'est une virée. Une discussion de passionnés, fenêtre baissée, où le fanzine du lycée mène tout droit à une maison d'édition, et où le hip-hop joue le rôle du GPS depuis le début.
UN PASSAGER QUI N'A JAMAIS QUITTÉ LE VOLANT
Avant même que la voiture ne prenne la route, on sait qu'on a affaire à quelqu'un qui n'attend pas que le feu passe au vert pour avancer. Alexis Onestas, c'est l'archétype du mec du terrain, celui qui a mis les mains dans le cambouis culturel bien avant que "l'entrepreneuriat urban" ne devienne une formule à la mode sur LinkedIn. Sa trajectoire ? Elle part d'un fanzine bricolé dans les années 90, au cœur d'un Paris encore profondément imprégné de la vague hip-hop originel, et elle roule sans discontinuer depuis.
Dans l'habitacle, avec Rani au volant, Alexis se dépose sans artifice. Pas de script, pas de langue de bois — juste la route et la parole qui s'écoule. Le format Carversation, ça fait exactement ça : retirer le frein à main à l'invité, lui laisser les mains libres, et voir où ça l'emmène. Avec lui, on prend l'autoroute direct.
Le hip-hop m'a tout appris. Le réseautage, la communication, l'économie — avant d'aller à la Sorbonne, j'avais déjà compris ces mécaniques dans la rue, dans les concerts, dans les salles de rédaction improvisées.
DU FANZINE AU GROUPE : UNE CYLINDRÉE QUI A GRANDI
Tout commence avec un fanzine, ce format D.I.Y. qui a bercé toute une génération de fans de rap français. À une époque où internet n'avait pas encore phagocyté les circuits de diffusion, Alexis comprend avant tout le monde que l'information, ça se construit, ça se distribue, et ça fédère. Son magazine amateur lui ouvre des portes que des diplômes n'auraient pas forcément déverrouillées : il se retrouve dans les coulisses du game, à gratter des accréditations, à comprendre les rouages d'une industrie musicale en pleine mutation.
C'est ce capital-culture accumulé sur le bitume qui va alimenter le moteur de son groupe Omax6mum — une structure entrepreneuriale multifacettes mêlant communication, édition et accompagnement. Pas un ovni sorti de nulle part : le résultat logique d'un mec qui a toujours su transformer la passion en levier économique, sans jamais trahir ses racines.
LA CULTURE COMME CARBURANT
Ce qui frappe dans l'échange, c'est la fluidité avec laquelle Alexis navigue entre les univers. D'un côté, il parle de la diaspora africaine, de la nécessité de créer des structures propres à soi plutôt que d'attendre une validation institutionnelle qui ne vient pas toujours. De l'autre, il évoque l'édition, OmaxBooks, ce projet littéraire qui prolonge la logique du fanzine : donner une voix, une mise en page, une légitimité à des récits qui méritent de circuler.
En live du fer, les kilomètres défilent et les sujets s'enchaînent sans heurts. Alexis parle aussi de l'échec — pas comme une impasse, mais comme un virage qu'on apprend à négocier. Il a connu des redressements de trajectoire, des moments où le tableau de bord affichait toutes les voyantes au rouge. Mais à chaque fois, c'est la culture qui lui a servi de boussole, et la transmission qui lui a redonné de l'élan.
T'as pas besoin qu'on t'ouvre une porte si tu sais construire ta propre carrosserie. La culture hip-hop nous a montré ça depuis le début — créer depuis rien, avec ce qu'on a, là où on est.
LA RÉSILIENCE AU COMPTEUR
Il y a dans cette Carversation quelque chose qu'on ne retrouve pas souvent dans les formats classiques : Alexis Onestas parle de ses refus. De ces portes qui ne se sont pas ouvertes, de ces projets qui ont calé avant de démarrer. Son TEDx à Aix-Marseille l'avait déjà esquissé — se nourrir du refus pour créer des opportunités, c'est presque son mode opératoire. Dans la voiture, ça prend encore plus de relief. Pas de lumière crue, pas de pupitre — juste deux passionnés qui roulent et qui parlent vrai.
Ce qui se dégage, c'est l'image d'un entrepreneur qui n'a jamais dissocié son identité culturelle de sa vision business. Pour lui, le hip-hop n'est pas un décor — c'est l'infrastructure. La culture urbaine lui a fourni les outils bien avant les formations diplômantes, et il le dit sans fausse modestie, avec cette clarté tranquille des gens qui savent d'où ils viennent parce que ça leur a servi pour aller là où ils sont.
VERDICT DE LA CARVERSATION
Quand Rani coupe le moteur, on a le sentiment d'avoir traversé quelque chose. Pas un simple portrait d'entrepreneur — une véritable immersion dans une philosophie de vie où la rue, les livres, les labels, la diaspora, l'échec et la résilience partagent la même bande d'autoroute. Alexis Onestas ne raconte pas un success story lissé pour les réseaux sociaux. Il déroule un parcours, avec ses aspérités, ses bifurcations, et surtout cette conviction chevillée au corps : la culture comme point de départ n'est jamais une limite, c'est une accélération.
Cette Carversation est exactement ce pour quoi le format a été pensé : un échange en roue libre, sans filtre ni frein à main, entre deux personnes qui parlent le même langage — celui des cultures urbaines, celui du terrain, celui de ceux qui ont décidé d'écrire leur propre carte routière.
La vidéo est disponible sur YouTube. Montez à bord.
🎬 CARVERSATION AVEC ALEXIS ONESTAS — DISPONIBLE SUR YOUTUBE
VOIR LA VIDÉO →